Comment poursuivre la rencontre du 6 mai entre la France et la gauche

La victoire du 6 mai n’est pas un aboutissement, c’est le début d’une histoire et d’une ligne politique nouvelle. Il faut en tirer toutes les conséquences. Dans une situation de crise sans équivalent depuis la seconde guerre mondiale, le peuple de France a remis son destin à la gauche de gouvernement. Le 6 mai, ce sont d’abord les valeurs de la République qui l’ont emporté, après une période quasiment sans précédent de stigmatisation et de division. Aussi, ce qui domine de manière très palpable, dans notre France diverse, c’est une forme d’apaisement, de réconciliation, encore fragile et à renforcer, mais déjà bien présente.

Nous devons réussir car il nous faudra travailler au moins dix ans. En cinq ans en effet, on peut abîmer profondément un pays. Dans les cinq prochaines années, nous pourrons contribuer à le réparer. Mais, pour le transformer, le rendre plus fort et plus juste, il nous faudra deux mandatures.

Le Parti socialiste, qui vient de gagner l’élection majeure, bénéficie aujourd’hui de la majorité dans les deux chambres et d’une implantation locale jamais atteinte. Cette élection est le résultat d’une dynamique et d’une continuité : le projet, les primaires, la campagne. La direction, et au premier chef Martine Aubry, y ont largement contribué. Pour réussir maintenant, au service de la politique du président de la République et du premier ministre, le Parti socialiste devra être uni lors de son prochain congrès, c’est notre responsabilité devant les Français.

Nous devons préparer la suite du quinquennat par un grand débat ouvert. Nous devons poursuivre la rénovation, ce qui implique la création d’une Haute Autorité capable de régler les différends de manière transparente et contradictoire. Nous devons nous appuyer davantage sur les instances départementales et régionales. Nous devons enfin animer le débat avec toute la gauche pour préparer les prochaines échéances. C’est de tout cela qu’il faudra discuter lors du prochain congrès du Parti socialiste. Mais cela nécessite d’abord une ligne politique claire.

A ce titre, nous devons mesurer la portée politique de la victoire du 6 mai 2012. Non par simple loyauté ni par facilité, mais bien parce que c’est dans ce creuset-là que la gauche a rencontré la France en 2012. Cette ligne politique, quelle est-elle ?

Elle comprend d’abord une méthode qui est un objectif en soi : le contrat et la démocratie sociale, pour apporter des réponses qui transforment en mobilisant. La Conférence sociale en est l’un des exemples les plus parlants. A cette méthode correspond aussi une nouvelle forme d’exercice du pouvoir fondée sur le respect des institutions qui prenne en compte l’urgence sociale.

Pour la première fois, la gauche l’a dit avec clarté dès la campagne électorale : les déficits ne sont pas extensibles sans limite, les réduire ainsi que la dette est une condition de la pérennité de notre système de protection sociale comme de la reconquête de notre souveraineté par rapport aux marchés financiers. Si les efforts sont indispensables, ils obéiront cependant toujours au principe de justice sociale qui passe par la justice fiscale. C’est le redressement productif qui donnera une réalité à ce projet en passant d’une économie de la spéculation financière à une économie de l’investissement productif. C’est tout l’enjeu de la banque publique d’investissement et de la création de richesse sur les territoires.

C’est enfin parce que l’on se tourne vers l’avenir que l’on s’adresse à la jeunesse. Au travers de l’éducation et de l’emploi, avec le contrat de génération entre autres, nous offrirons un véritable espoir de progrès pour l’ensemble des Français.

De cette victoire et de ces premiers pas, le Parti socialiste doit tirer une ligne et une identité politique pour lui-même.

La justice d’abord : parce que nous devons répondre à une urgence sociale par une politique de l’emploi, du pouvoir d’achat, du logement et de la santé et retrouver le sens de la dignité et de la morale qui doit s’appliquer à tous, notamment aux plus riches.

Le pacte productif et environnemental ensuite, deux aspects à traiter toujours ensemble, tant il faut repenser nos modèles de développement et de production en engageant une véritable transition écologique pour une prospérité durable.

Une nouvelle priorité pour l’éducation et la formation, avec comme axe premier la lutte contre l’échec scolaire, pour démocratiser la réussite et permettre l’émancipation citoyenne.

L’engagement décentralisateur, qui libère les énergies présentes dans les territoires et permet l’action publique au plus juste au meilleur niveau.

L’engagement européen, qui est indissociable du projet socialiste aujourd’hui, au service de la croissance et de l’emploi, d’un projet démocratique et politique pour l’Union, dans le respect de nos engagements.

C’est bien en s’appuyant sur ces cinq principes que le socialisme peut se présenter aujourd’hui comme « la République jusqu’au bout », pour reprendre le beau mot de Jaurès. Un socialisme qui encourage et qui rassemble, qui stimule, qui garantit, qui protège, au lieu de diviser, stigmatiser, décourager. C’est sur ces cinq principes que, dans les cinq et dix ans à venir, nous allons « gouverner à gauche ». Au travail, les Français nous attendent !

Stéphane Le Foll, ministre de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt