Stéphane Le Foll: Investir pour relancer le modèle social français

Stéphane Le Foll: Investir pour relancer le modèle social français

Par Stéphane LE FOLL Ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt.

La crise que traverse notre pays est profonde. La gauche, depuis le 6 mai 2012, doit gouverner dans ce contexte. A chaque fois qu’elle a été amenée aux responsabilités, elle a dû faire face à des circonstances difficiles. Dans la tourmente, elle a toujours porté ses premières actions sur des aspirations sociales fortes : en 1936, avec les congés payés ; en 1981, avec le droit à la retraite à 60 ans, puis en 1997, avec la réduction du temps de travail. L’idée a toujours été à la fois de soulager les salariés et de créer de l’emploi. La crise nous oblige à repenser cette ambition car le défi aujourd’hui est sans commune mesure avec les expériences passées et les marges de manœuvre ne sont plus celles dont on disposait alors.

Je rappelle qu’il nous est demandé de redresser un pays qui connaît depuis dix ans une désindustrialisation alarmante et une perte progressive de capacité productive qui l’enfoncent dans la crise et menacent sa cohésion sociale. Sauver notre modèle social exige de la clarté, de la cohérence et de la constance dans nos choix.

Nous devons à la fois redresser l’état de nos finances publiques, garantir le pouvoir d’achat des salariés les plus modestes, favoriser leur maintien dans l’emploi et investir pour sortir de la crise.

Combien de fois ai-je entendu l’argument des libéraux répétant à l’envi qu’«on ne peut plus se payer notre modèle social, qu’il nous coûte trop cher». La réponse est simple : il faut investir. C’est-à-dire faire le choix de la formation et de l’éducation pour préparer l’avenir. Mais aussi investir dans l’appareil productif, l’agriculture et l’industrie, le secteur primaire et le secondaire, clés du redressement du pays.

Disons le nettement : il serait illusoire d’espérer financer de nouvelles dépenses de fonctionnement par l’emprunt. Cela reviendrait à engager une fois de plus des crédits sans se donner les moyens de les rembourser. Soyons lucides, le remède serait pire que le mal.

Voilà la nouveauté pour la gauche : elle doit investir aujourd’hui pour créer les emplois de demain. C’est par cet investissement et ces créations d’emplois que nous pourrons préserver l’équilibre du modèle social issu du Conseil national de la Résistance (CNR).

Nous devons à l’évidence poursuivre la réduction de nos dépenses publiques. A ce titre, un effort sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale a été entrepris pour assainir nos comptes publics, si bien que notre déficit structurel tend à retrouver progressivement un équilibre jamais atteint depuis trente ans.

Si cet effort de redressement est indispensable pour rester maîtres de nos choix économiques et sociaux à venir, il ne doit en aucun cas compromettre nos leviers de croissance à court terme. C’est pourquoi la distinction entre dépenses de fonctionnement et d’investissement est décisive pour relancer l’activité et éviter le piège de l’austérité.

Ne nous y trompons pas, la priorité donnée à l’investissement productif constitue un vrai changement de culture pour la gauche qui doit l’assumer. Mieux, elle doit le revendiquer.

Des mesures importantes ont déjà été engagées : les contrats d’avenir et les contrats de générations doivent permettre de nouvelles embauches à court terme, en particulier pour les jeunes qui en ont tant besoin.

Reste à redonner aux entreprises tous les outils nécessaires pour investir. La France possède un atout majeur : son épargne. Elle doit la mobiliser sans attendre pour rénover son appareil productif et augmenter ses capacités d’exportation avec deux puissants leviers : la Banque publique d’investissement (BPI) et la réforme du système bancaire qui feront prévaloir le financement durable de l’économie réelle sur la spéculation financière de court terme.

Cette nouvelle donne doit permettre de réorienter l’axe stratégique de notre politique d’innovation, de combiner systématiquement performance économique et performance énergétique. C’est tout le sens de la politique que j’entends mener dans le secteur de l’agriculture. Je veux faire de la France le leader de l’agroécologie en Europe. Et ce qui vaut pour l’agriculture vaut pour l’ensemble de l’industrie, dans l’agroalimentaire comme ailleurs.

Tel est l’axe nouveau qui doit guider la gauche et les écologistes. Plus question de débattre de décroissance mais de relancer l’investissement productif dans les secteurs primaire et secondaire, en tenant compte de l’impératif écologique, lui-même source d’emplois et de richesses à exporter.

J’ai la conviction profonde que notre pays a toutes les raisons de croire en son avenir. Il porte en lui un autre atout inestimable : en 2030, il aura 71 millions d’habitants. C’est donc toute une jeunesse que nous allons promouvoir, toute une génération à qui nous confierons demain de grandes responsabilités.

Qui ne voit le potentiel immense qu’elle représente pour redynamiser notre économie, régénérer notre pacte social et donner à la France un temps d’avance en Europe ? Voilà l’ambition que portent le président de la République et le gouvernement. Investir, c’est relancer le modèle social français. C’est le nouvel horizon de la gauche française.