Retour sur le premier « Débat du 7bis »

Retour sur le premier « Débat du 7bis »

  • La création des débats du 7bis

Dans le cadre de la convention fédérale « Redonner la parole aux militants » qui s’est tenue au début de l’année 2015, nous avions collectivement décidé de créer un cycle de débats permettant de « mieux comprendre pour agir ». Il s’agit à travers la présence d’un intervenant extérieur à notre Fédération d’alimenter le débat et la réflexion autour d’une thématique relative aux travaux menés par notre invité.
Ce cycle de débats a pris le nom des « Débats du 7bis » en référence à l’adresse du siège de notre Fédération installée depuis 40 ans au 7bis de la rue Bigot. Notre volonté est d’organiser 5 à 6 débats par an en fonction de l’actualité politique. Le 1er débat s’est déroulé le vendredi 29 janvier 2016 à 19h30 en partenariat avec la Fondation Jean Jaurès.

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Privilégier l’analyse plutôt que l’anathème : ainsi pourrait-on résumer le travail qu’est venu présenter Jérôme Fourquet rue Bigot le 29 janvier dernier, devant un public actif et attentif pour ce premier début du 7 bis organisé en partenariat avec la Fondation Jean-Jaurès.

Auteur de deux ouvrages récemment publiés aux éditions de l’Aube et de la Fondation Jean-Jaurès – Karim vote à gauche et son voisin vote FN, novembre 2014, et L’an prochain à Jérusalem. Les Juifs de France face à l’antisémitisme, janvier 2016 -, Jérôme Fourquet a développé lors de cette rencontre les enseignements tirés de la première étude, qui vise à étudier à la fois le vote « musulman » – vers qui se tourne-t-il et quelles sont ses motivations ? – et l’impact électoral, s’il existe, de la présence d’une population arabo-musulmane dans les différents quartiers.

Au-delà de la richesse et de l’utilité pour notre famille politique de ce qu’est venu présenter Jérôme Fourquet au Mans, son intervention a permis de tordre le cou à un certain nombre de « fantasmes » mais aussi d’erreurs d’analyse mainte et mainte fois reprises : non, la « perte » de cet électorat, qui représente environ 5 % du corps électoral et qui a voté à plus de 80 % pour François Hollande au second tour de l’élection présidentielle en 2012 (cette catégorie a voté plus à gauche que toute autre catégorie), n’est pas la conséquence (ou en tout cas la conséquence principale) du mariage pour tous, ni celle de la non adoption du droit de vote des étrangers ; non, cet électorat n’a pas basculé à droite (et encore moins à l’extrême droite), comme plusieurs leaders des Républicains ont pu s’en réjouir au moment des élections municipales, mais la très grande partie a simplement « disparue dans la nature », s’est évaporée, s’abstenant depuis la présidentielle, élection après élection.

Grâce aux entretiens individuels réalisés par Jérôme Fourquet et ses équipes à Marseille et à Roubaix, on s’aperçoit que l’explication centrale de l’abstention massive de cet électorat depuis la présidentielle touche d’abord et avant tout à la vie quotidienne : le chômage, le pouvoir d’achat, les impôts, mais aussi l’insécurité et les trafics d’une façon générale.

En outre, la deuxième série d’enseignements porte sur l’impact sur le vote global de la présence d’électeurs d’origine arabo-musulame dans un territoire. Lors des dernières élections municipales, on constate alors que les candidats socialistes perdent partout (par rapport à l’élection présidentielle) d’autant plus de suffrages que le pourcentage d' »électeurs arabo-musulmane » est élevé, que c’est partout la progression de l’abstention qui constitue la variable explicative majeure, et que la droite progresse là où la présence d’électeurs d’origine « arabo-musulmane » est la plus faible. Partout enfin, le score du Front national augmente progressivement jusqu’à un certain seuil de présence d' »électeurs d’origine arabo-musulmane » puis décroit au-delà.

L’intérêt de cette rencontre avec Jérôme Fourquet a été de donner notamment à voir le visage d’une France trop rarement représentée comme une réalité dans l’analyse des votes, alors qu’elle est inversement surexposée comme un fantasme dans l’imaginaire collectif. Son intervention a également eu le mérite de montrer en quoi l’utilisation (par les chercheurs) de données ethno-culturelles permet de mettre à mal des analyses qui s’appuient sur des chiffes approximatifs et qui servent à instrumentaliser telle ou telle cause (2 exemples : le maire de Marseille qui dit au moment des élections municipales que sa ville comptait 100 000 musulmans ; ou encore des responsables d’associations confessionnelles qui vont donner tel ou tel chiffre pour montrer le poids qu’ils ont de par leurs fidèles dans tel ou tel quartier).

Or, on ne peut débattre sereinement de ces sujets par le seul fait du hasard, du ressenti et encore moins de l’émotion. Sans cette variable d’analyse, sans cet éclairage, on passe donc à côté de toute une partie de l’analyse et de la compréhension des mécanismes électoraux, compréhension fine qui apparaît pourtant comme fondamentale pour l’élaboration et les choix d’un certain nombre de politiques publiques…

Jérémie PELTIER, Secrétaire de section d’Écommoy

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