Baisse des APL, tous concernés ! Une mesure injuste et inefficace

Depuis cet été, l’Aide Personnalisée au Logement (APL) qui permet à chacun d’accéder à un logement décent est sous les feux de l’actualité. Chacun se souvient de l’annonce de la baisse de 5 € de l’ensemble des allocations pour la fin de l’année mais ce n’est pas le plus grave.

Le projet de loi de finances pour 2018 comporte, à son article 52, la baisse de l’APL pour les locataires aux revenus modestes ; une baisse qui sera compensée par une diminution équivalente du montant du loyer. De prime abord, la mesure pourrait sembler populaire puisqu’elle conduit à baisser le loyer des plus modestes. Toutefois, l’enfer étant pavé de bonnes intentions, il convient d’analyser un peu plus cette annonce.

En effet, la baisse de l’APL estimée en moyenne à 51€ pour une personne seule, 61 € pour un couple auquel s’ajouterait 10 € par personne à charge sera imputée directement aux budgets des bailleurs sociaux. Par exemple, pour Le Mans Habitat, principal bailleur social de l’agglomération mancelle, cela se traduira par une perte de 7 millions d’€uros de ressources.

L’impact de cette baisse drastique du budget de Le Mans Habitat aura des répercussions importantes pour les locataires. Moins de recettes, c’est moins de services, moins d’entretien des bâtiments, moins de travaux d’amélioration des logements, moins de constructions de nouveaux logements. Les entreprises du bâtiment seront également fortement impactées car les carnets de commandes se rempliront plus difficilement.

Cette réforme est un effet d’aubaine en trompe l’œil pour les locataires car, au final, ce sont eux qui sont les grands perdants de cette réforme. Ils ne s’y sont pas trompés puisqu’ils sont nombreux à avoir signé la pétition lancée par Le Mans Habitat : plus de 1 000 signatures recueillis en deux heures le 17 octobre dernier.

Pour l’ensemble de la Sarthe, le coût de cette réforme pour les bailleurs sociaux est compris entre 16,8 à 20 millions d’€uros par an et menacerait 2 000 emplois dans le secteur du bâtiment.

Au niveau national, cette réforme permettra à l’État d’économiser 1,7 milliard d’€uros, de quoi financer une partie des 5 milliards de cadeaux fiscaux aux plus riches. Dans le même temps, force est de constater que rien ne changera pour les bailleurs privés. La hausse des loyers dans le parc locatif privé pourra se poursuivre et ainsi enrichir ceux qui vivent de la spéculation foncière notamment dans les grandes villes.

Encore une fois, le Gouvernement se comporte comme le shérif de Nottingham, il prend aux plus modestes pour donner aux plus riches !

 

Christophe COUNIL

Premier secrétaire fédéral